Témoignage de patient

Réussir sa vie malgré une maladie #4

Ma dernière crise maniaque… (Écrit en légère hypomanie)

   C’est l’automne, tout est devenu gris dans nos chères Ardennes. Malgré tout, en ce début de mois de novembre 2018, tout va bien, l’humeur est bonne, je suis stable maintenant depuis un petit moment contrairement aux années passées. Bien entouré par ma famille, mes amis, ma thérapeute et Annie de l’association Tic et Tac Santé qui s’occupe des bipolaires comme moi, la vie est enfin belle !

    Mais l’heure est aussi à la réflexion pour le cartésien, le sceptique que je suis ! Suis-je guéri ? N’ai-je jamais été malade ? Ces questions trottent dans mon esprit en permanence et en cette fin d’année qui s’annonce difficile professionnellement parlant j’ai besoin d’être au top et l’idée de retrouver mes « SUPER POUVOIRS » fait tranquillement son chemin…

    Ainsi, le 5 novembre 2018, je prenais ma décision, j’arrêtais mon traitement et plus encore, je me convaincs que je n’étais pas bipolaire comme « ON VOULAIT ME LE FAIRE CROIRE ! ». Les actions ne tardèrent pas à tomber pour l’ancien militaire que je suis ! Sans prévenir, je sortais du jeu, ma thérapeute, Annie et toutes personnes me rappelant trop ma pathologie et la maladie en règle générale et je décidais que mon salut passerait par le sport, le sport qui m’avait tant apporté et qui m’avait tant porté pendant mes jeunes années ! Le début de l’hiver se passa ainsi sans encombre, débridé, ma facilité d’exécution retrouvée la fin de gestion se déroula sans aucun problème.

    L’épiphanie passée, je mettais à exécution ce que j’avais imaginé : «  la santé et la forme par le sport ! » Très vite la réalité me rattrapa, avec mes 87 kg j’étais incapable de courir plus de 2 km et de faire le moindre exercice de renforcement musculaire sans souffrir énormément, cela ne commençait pas très bien ! Qu’à cela ne tienne, je me mettais aussitôt au régime pour perdre tous ses kilos superflus et ne pouvant pas courir, je me mettais à marcher régulièrement. Février s’égrena à ce rythme tranquillement et de façon raisonnée, je pensais donc à tort après 4 mois de stabilités sans traitement que j’avais gagné la partie et qu’effectivement je n’avais rien malgré les épreuves du passé…

    Après un rendez-vous médical chez mon médecin, en ce début mars, je décidais qu’il était temps de refaire un essai de course à pied mais cette fois au sein d’un club d’athlétisme pour être entouré de personnes respirant la santé et la joie de vivre. Enfin, j’arrivais à courir même si ces premiers tours de piste furent durs tant je n’étais pas au niveau et encore trop gros pour bien courir ! Essoufflé, transpirant comme jamais, j’étais pourtant fière de moi et de ce que j’avais réalisé car pour la première fois depuis longtemps, je faisais du sport dans un groupe où je fus tout de suite bien accueilli. Est-ce à ce moment-là ou à la découverte du trail, ce sport qui allait devenir une passion que tout a dérapé, je ne serais le dire exactement, la seule chose que je sais c’est que c’est parti en vrille.

    À cet instant la raison, la passion s’est transformée en obsession ! Je n’avais plus qu’un but, qu’un objectif devenir meilleur afin d’aller de plus en plus loin en trail. J’ai alors en quelques jours acheté tout le matériel utile à tout bon traileur, tenues, sac, gourde, bâton, montre, etc. … pour un montant excédant les 1000 euros. Mais je ne me suis pas arrêté là, j’ai transformé une partie du salon en base de trail, passant des journées et des nuits entières à chercher des informations sur des sites spécialisés pour devenir meilleur plus vite ! J’ai suivi un entraînement strict et rigoureux avec au total sur avril-mai plus de 600 km et 9000 mètres de dénivelé. Pour finir je me suis infligé un régime alimentaire à moins de 1500 calories me faisant passer de 87 kg à 59 kg à la mi-mai (perte de 28 kg en moins de 4 mois soit un tiers de mon poids de départ).

Certes, les résultats commençaient à être là mais les premiers signes de fatigue et de carence aussi. Mais il était trop tard la crise maniaque était belle est bien installée et personne ne pouvait plus m’arrêter, les seules à le pouvoir je les avais virés comme des malpropres au mois de novembre. La tête avait pris définitivement le contrôle sur le corps et malgré les premiers signes de douleur impossible d’arrêter. Je me suis alors auto-médicalisé avec des ibuprofènes, du voltarene et des bains d’eau glacée. La raison aurait voulu que j’arrête, que je me repose mais la raison était partie depuis bien longtemps ! Tout mon entourage, famille, amis, collègues étaient inquiets pour ma santé, mais moi au lieu de voir de l’inquiétude, ma paranoïa me faisait voir de la jalousie envers ma réussite tant sur le plan sportif, que physique, je voyais déjà plus loin plus haut !

    Ma tête, mon esprit, ma pathologie menait le jeu, mon autre moi ayant pris le pouvoir avec une volonté à toutes épreuves. N’écoutant personne je décidais donc de rejoindre un groupe de traileur aguerri, moi le novice avec si peu d’entraînement pour réaliser le parcours de l’Ardenne Méga Trail sur deux jours en randonnée active, 100 km et 4400 mètres de dénivelé, une folie de plus pour mon corps déjà meurtri. Ma force mentale à son apogée, me rendit flamboyant aux yeux des autres, j’étais bon et encore plus, avec les meilleurs ! J’étais enfin là où je voulais être ! Faisant l’admiration de mes pères ! Mais tout n’était que mirage ! Au loin l’orage qui s’annonçait risquait d’être violent…

    À la sortie, de ce magnifique, week-end mon corps me criait désespérément « STOP », mes muscles, mes tendons, mes articulations tout absolument tout était devenu atrocement douloureux. Moi qui la veille avais gravi des sommets, je ne pouvais plus monter deux marches et marcher correctement. La souffrance physique était forte mais mon psychisme l’était bien plus encore et il me poussa à continuer à courir encore et encore et encore ! Mon cerveau parano ne pouvait accepter d’être trahi par son propre corps.

    La guerre en moi était donc déclarée et les batailles entre raison et obsession faisaient rage tel des conflits de masse d’air entretenant mes maux, pires les aggravants petit à petit. Fin mai je ne pouvais plus courir, alors je décidais de marcher, encore, encore et encore jusqu’à ne plus pouvoir ! Mi-juin tout craqua dans mon esprit (enfin). La descente vers les abysses pouvait maintenant commencer.

J’avais atteint l’Olympe, demi-dieu sur terre et je me retrouvais du jour au lendemain aux enfers. À la souffrance physique, venait maintenant se joindre les douleurs morales. Comme le Titanic après avoir percuté son iceberg je sombrais doucement vers mes pensées dépressives, morbides et suicidaires, accompagné par des vagues de boulimie dévastatrices et des crises d’angoisse à faire peur à un revenant. Mes nuits blanches, étaient pavées de mauvaises séries B, tel était redevenue mon quotidien, insupportable…

La réalité revenue, j’acceptais sur les conseils de mon épouse d’aller consulter mon médecin  qui me plaça en arrêt maladie immédiatement tellement j’étais fatigué physiquement et moralement. Il fallait dès à présent me convaincre de reprendre la voie de la thérapie et du traitement. Pas simple avec un gros égo d’accepter que l’on ait pu avoir tort !

Prenant mon courage à deux mains et mettant mon mouchoir sur cette fierté mal placée, je repris contact dans un premier temps avec Annie qui me rassura et m’entoura de sa bienveillance. Je rentrais enfin dans le rang, comme le bon petit soldat que je fus jadis, j’acceptais enfin « d’obéir aux ordres » et de reprendre mon traitement.

Les choses petit à petit rentrèrent dans l’ordre. Je devais me rendre aux évidences, non seulement j’étais bipolaire, mais j’avais aussi besoin de ce traitement pour être stable !

Eddy LAPLACE, Bipolaire sous traitement

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